I - Un budget contrasté
« Excellent budget », « bon budget »: la communication gouvernementale ne tarit pas d’éloges sur le projet de budget 2010 du ministère de la culture et de la communication. Elle cherche une fois de plus à imposer « sa vérité », présentée comme la vérité incontournable que chacun devrait reconnaître.
La réalité n’est pas exactement conforme à cette vérité officielle que l’on veut nous vendre.
1) L’augmentation du budget
Le budget du ministère (mission culture) augmente en effet de 3,9 %. Il s’agit des CP (crédits de paiement), qui passent du PLF (projet de loi de finances) 2009 au PLF 2010 de 2,780 Mds euros à 2,917 Mds euros, soit + 137 M euros. En intégrant la part culture de la mission « recherche et enseignement supérieur », la hausse est la même.
La part communication du budget n’est pas examinée dans ce document (audiovisuel et aides à la presse), mais il apparaît également -sous réserve de vérification plus approfondie- qu’une augmentation effective est assurée, notamment pour les aides à la presse, tandis que les ressources de l’audiovisuel public (redevance et budget général) progressent de 2,6%.
Ajoutons encore que, à l’inverse des années précédentes, fertiles en présentations fallacieuses à grande échelle, comme en trucages et opportuns effets d’optique visant à transformer des baisses réelles en augmentations apparentes, ce projet de budget soumis au Parlement est plutôt honnête dans sa présentation. Pas en totalité certes, comme on le verra dans les pages qui suivent, il y a ici ou là des mensonges ou des cachotteries, mais au moins dans ses grandes masses… Par contre en AE (autorisations d’engagement, qui représentent les capacités d’engagement de l’Etat), l’augmentation est quasi inexistante, soit +37 M euros ( de 2,841 à 2,878 Mds euros).
2) Une augmentation sélective en faveur du seul patrimoine
L’augmentation est de 100 M euros (ou à peu près). Elle permet de satisfaire un besoin patent, effectivement identifié à ce montant par tous les défenseurs du patrimoine.
En 2009, le plan de relance avait déjà été utilisé pour allouer 100 M euros supplémentaires au patrimoine, et le Président de la République, dans son discours de Nîmes, s’était engagé à consolider cette somme dans le budget du ministère. Dont acte. Le PS a suffisamment dénoncé la situation catastrophique dans laquelle se trouvait le patrimoine pour ne pas saluer l’effort accompli. Rappelons cependant que ladite situation était largement issue, non pas seulement de la croissance des besoins, mais bel et bien de la politique menée par la droite depuis des années, qui avait sabré dans des proportions considérables les crédits des monuments historiques.
C’est cette augmentation, et elle seule, qui rend compte de l’augmentation du budget global du ministère (mission culture).
3) La stagnation pour la création, la poursuite du déclin pour l’action culturelle
Le budget du programme création (N°131) passe de 806 M euros à 825 M euros de 2009 à 2010, soit +1%, soit une augmentation inférieure à l’inflation, prévue à 1,2%. Déjà stagnants en 2009, les moyens de la création connaissent donc un nouveau blocage.
En particulier, le spectacle vivant, dont les crédits n’augmentent que de 0,4%, apparaît particulièrement négligé, et ce, comme les professionnels du spectacle vivant n’ont pas manqué de le remarquer aussitôt. Le moins que l’on puisse dire est que le processus des Entretiens de Valois, et ses récentes « conclusions », n’ont pas incité le pouvoir à donner un coup de main à ce secteur où les besoins sont pourtant immenses, et les problèmes patents.
Les crédits de l’action culturelle subissent une nouvelle baisse, d’ailleurs cachée (et pour cause…), de 10 M euros. Il s’agit des actions en faveur de la démocratisation culturelle, des aides aux publics spécifiques, du soutien aux pratiques amateurs et aux nouvelles pratiques issues de la révolution numérique… Lorsqu’on se rappelle que Nicolas Sarkozy, dans sa lettre de mission à la précédente ministre pointait, selon lui, « l’échec de la démocratisation culturelle », on ne peut que s’étonner de la persistance de cette politique néfaste d’abandon des crédits de l’action culturelle, effective depuis 2002.
Il faut ajouter que cette situation peut être aggravée par le gel budgétaire. Le patrimoine en sera explicitement exclu en 2010. Pour la création, le gel est annoncé, et le ministère s’engage seulement à lutter pour le dégel…
4) Un budget classiquement de droite ?
La droite s’est longtemps spécialisée dans les coupes budgétaires dans la culture. Elle a souvent été tentée aussi de répartir les moyens disponibles aux dépens de la création et en faveur du patrimoine, au moins en apparence, notamment avec l’établissement de lois de programme pour le patrimoine monumental (même si les dites lois étaient fort loin d’être toujours respectées dans les faits), si bien aussi qu’elle opposait les uns aux autres.
Le budget 2010 renoue de fait avec cette hiérarchie des priorités, qui semblait abandonnée lors des années les plus récentes.
Ce n’est pas le moindre des paradoxes. Le nouveau Ministre, créateur lui-même, se veut le défenseur des artistes, le promoteur indéfectible de la création. Or son budget tourne à l’évidence le dos à cette pétition de principe, pourtant sans aucun doute sincère. S’il n’y a pas d’amour, mais seulement des preuves d’amour, alors celles-ci sont en l’état bien inexistantes…
5) Pareillement, le ministère se gausse d’avoir augmenté les moyens des DRAC, (services déconcentrés du ministère), et donc les moyens de la culture sur le territoire, affirmant que l’augmentation de leurs moyens est de 10%. En fait, cette hausse ne concerne que les crédits du patrimoine, et guère le reste. Le soutien de l’action des collectivités territoriales n’est pas renforcé dans les autres domaines, et l’on s’aperçoit même, en entrant dans le détail du budget (cf. infra), que les actions conjointes et les financements croisés Etat/collectivités territoriales sont rarement jugées prioritaires. Le problème de la clarification respective des rôles reste dès lors entier à la lecture de ce budget.
II - Le patrimoine
L’ensemble des crédits du programme patrimoine progresse de + 140 M euros, soit + 12%. Cette hausse est due d’abord à la forte augmentation des crédits des monuments historiques, ainsi qu’à des hausses plus modérées dans les musées et le livre, auxquelles il faut ajouter la montée en puissance de l’opération du centre des archives de Pierrefitte-sur-seine (+ 20 M euros).
1) Le patrimoine monumental et archéologique
La hausse, on l’a dit, est incontestable, et l’on ne peut que s’en réjouir, tant le décalage était flagrant entre les besoins et les moyens budgétaires, mais il ne faut pas oublier non plus que la politique nocive de la droite avait abouti, ces dernières années, à des baisses très sévères dans ce secteur. Le PS avait du reste dénoncé à plusieurs reprises cette situation catastrophique.
Quelques observations peuvent cependant être faites.
+ 100 M euros, claironne la communication gouvernementale. A proprement parler, et s’agissant de l’action 1 (patrimoine monumental et archéologique) du programme patrimoine de la LOLF, les chiffres sont un peu forcés, même si l’augmentation est sensible et incontestable. En CP, la hausse est très exactement de + 92 M euros ( de 327 M à 419), et en AE, elle est de +79 M euros (de 286 M à 365 M).
Ensuite, la hausse porte davantage sur les MHE ( monuments historiques appartenant à l’Etat) que sur les MHNE (monuments historiques n’appartenant pas à l’Etat, c’est-à-dire ceux relevant des collectivités locales ou des propriétaires privés). Les premiers (titre 3 et aussi 5 du budget de l’Etat) progressent de 59 M, les seconds (titre 6) progressent de 31 M, alors même que les masses budgétaires initiales sont presque semblables en 2009. Tant mieux pour les cathédrales ou les Monuments Nationaux, tant pis pour les autres, moins bien servis, alors même que les urgences y sont tout aussi prégnantes …
Enfin, on ne saurait oublier que cette augmentation ne fait pas disparaître à elle seule l’endettement en CP considérable des services du ministère (DRAC , qui était de 885 M euros au 31/12/2008…)
En revanche, on doit aussi noter comme mesure positive l’augmentation des crédits d’entretien, et non pas seulement des crédits consacrés à la restauration (les premiers permettant de prévenir les dégradations, et donc les opérations lourdes ultérieures). Leur hausse est en effet d’environ +80%, passant de 31 M euros à 57 M euros de 2009 à 2010.
2) Les musées
Les grands établissements publics nationaux (Louvre, Orsay, Centre Pompidou, Quai Branly…) voient leurs crédits strictement reconduits, à peu de choses près. On pourrait estimer cette situation acceptable, sachant que les grosses structures peuvent se débrouiller plus facilement que d’autres, mais ce serait oublier que ces établissements ont perdu globalement 6 M euros en 2009, et que la conséquence en est le développement de la politique de ressources propres tous azimut, avec les risques de dérive qui peuvent en découler et sont déjà à l’oeuvre.
La hausse des crédits d’investissement des musées de l’Etat (titre 5), et ce pour les seules AE, bénéficie au projet de MUCEM (musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée): + 14 M euros. Il faut se réjouir que cette opération se poursuive.
Pour ce qui est de l’aide aux musées des collectivités territoriales, les crédits de subvention aux travaux progressent péniblement de 1 M euros (17 M euros au total).
Les moyens destinés à l’achat d’oeuvres et à l’enrichissement des collections restent à nouveau stagnants, comme les années précédentes, alors qu’ils sont à un niveau notoirement trop faible.
3) L’architecture, le patrimoine écrit, les archives, le patrimoine cinématographique, le patrimoine linguistique.
Les crédits sont strictement reconduits, voire en diminution (-700 00 euros pour le patrimoine cinématographique), mis à part les dotations importantes consacrées au projet de nouveau centre des archives nationales, déjà évoqué, ainsi qu’au quadrilatère Richelieu (BNF, Institut National d’Histoire de l’Art, Ecole des Chartes). Cette stagnation des crédits concerne notamment les aides allouées aux collectivités territoriales pour financer les études de ZPPAUP (zones de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager), les subventions aux collectivités territoriales pour les archives départementales ou communales, ou encore les diverses aides allouées à la conservation du livre (IMEC institut de la mémoire contemporaine, PAPE plan d’action pour le patrimoine écrit…).
III - La création
1) Le spectacle vivant
Le budget du spectacle vivant progresse globalement de +O,4%, si l’on intègre les 15 M euros de ressources extrabudgétaires dégagées en 2009. Soit de 807 + 15 = 821 M euros en 2009 à 825 M euros en 2010. C’est la stagnation, et même la baisse, compte tenu de l’inflation prévue à 1,2%.
(NB: La baisse de la dotation en AE de 126 M euros, passant de 949 M en 2009 à 823 M en 2010, s’explique par le fait qu’en 2009, 140 M euros avaient été réservés pour la Philharmonie de Paris).
Établissements publics nationaux. Avec une dotation globale de 291 M euros (incluant les crédits de personnel), la progression est de 15 M euros, mais réduits en réalité à 4 M euros, si l’on intègre les ressources extra budgétaires de 2009, dont 9,3 M sur les 15 étaient dévolus aux établissements publics nationaux (opérations d’investissement pour l’Opéra Bastille et la Grande Halle de la Villette), et le reste à la préfiguration de la Philharmonie de Paris.
Le détail de la répartition fait apparaître la quasi-stagnation de l’ensemble des dotations de fonctionnement, sauf pour la Caisse de retraite de l’Opéra Bastille (+ 2,7 M euros). Ainsi l’Opéra Bastille voit sa subvention de fonctionnement passer de 107 M en 2009 à 108 M en 2010, soit +1%. Comme en 2009, l’Opéra Bastille et la Grande Halle reçoivent des dotations d’investissement plus significatives que les autres, respectivement de 6 M et 3,8 M euros. Rappelons qu’en 2009 ces établissements avaient perdu 10 M euros en crédits de fonctionnement, qui ne sont donc nullement rattrapés. Et précisons enfin que la consolidation des 15 M de ressources extrabudgétaires de 2009 ne concerne donc que ces établissements publics.
Dépenses d’intervention. Il s’agit des subventions allouées aux compagnies et équipes de créations et aux différents réseaux d’institutions (CDN, CCN, Scènes Nationales, Orchestres, etc…). La dotation globale progresse de +3 M euros, pour un total de 362 M euros en 2010. Encore faut-il dire que sur ces 3 M, 2,1 M euros sont immédiatement »mangés » par l’association de la Philharmonie (financée sur la dotation des établissements publics nationaux en 2009, mais rapatriée sur les dépenses d’intervention en 2010), de sorte que l’augmentation effective devient plus que lilliputienne…
Les crédits d’intervention encore répartis au niveau central (festivals d’importance nationale, quelques compagnies, lieux théâtraux…) sont en stricte reconduction à 53 M euros.
Les crédits d’intervention alloués sur crédits déconcentrés sont, pareillement, en stricte reconduction, pour un total de 276 M euros.
La répartition est la suivante:
Équipes artistiques 48,1 M, soit + 2, 6 M
CDN 58 M, soit + 0, 4 M
CCN et centres de développement chorégraphiques14,7 M, soit +0,3 M
Opéras en région 28,2 M, soit +1 M
Orchestres 22,2 M, soit 0,1 M
Scènes nationales 50,6 M, soit +0
Centres de création musicale 2,9 M, soit +0
SMAC 9,1 M, soit +0,2 M
Autres lieux 22,5 M, soit -0,3 M
(dont cirque et arts de la rue 5,5 M, soit +0,1 M)
Pour comprendre ces hausses alors que la dotation globale est exactement la même, il suffit d’ajouter qu’en 2009 avait été crée « un fonds de soutien à la création et à l’innovation », doté de 5 M euros, mais disparu en 2010, d’où un redéploiement de cette somme de 5 M sur les différents réseaux…
Dépenses d’intervention dévolues aux opérations d’investissement. Il s’agit des subventions allouées aux collectivités territoriales pour les théâtres, équipements des scènes nationales, salles de concert, zéniths, etc… Les crédits pour les opérations financées en centrale baissent de 0,7 M en AE, soit -20%, et de 0,4 M en CP, soit -13%. Les crédits pour les opérations déconcentrées sont par contre en hausse, pour un montant total de 22,1 M euros en AE, et de 27,2 M euros en CP. En AE, c’est une augmentation de +2,4 M, soit +12%, et en CP de +1,4 M, soit +5%. Encore faut-il ajouter que, sur les 27,2 M euros de CP, 22,45 M sont consacrés au paiement d’engagements pris antérieurement (Perpignan, Arras, Villeurbanne…)! Il reste 4,70 M euros pour des opérations nouvelles (Bourges, Festival d’Avignon, Argentan, Pointe-À-Pitre, etc…)
Quid du Conseil de la création artistique? Rien n’apparaît dans le budget pour cette instance, que ce soit son fonctionnement ou les opérations et études qu’elle finance. Rien n’est pris sur le budget du ministère de la culture, nous dit-on la main sur le coeur. Mais l’on sait pourtant, que contrairement au discours officiel, des crédits ont été effectivement prélevés sur le budget 2009 du ministère pour financer des études, il est vrai sur le programme 224 (transmission des savoirs et démocratisation de la culture), et pas sur le programme 131 (création). Qu’en sera-t-il en 2010? Mystère… Ce qui est clair est l’absence de clarté, si l’on ose dire, et même la franche opacité. On ne peut aussi s’empêcher de penser que les crédits annoncés pour ce conseil ( 5 ou 10 M euros?) sont autant de moins sur le budget du programme création, ce qui contribue à expliquer la stagnation de celui-ci. Il y a des vases communicants, quoi qu’on en dise également…
2) Les arts plastiques
Le ministère annonce une progression de 4% des crédits. Certes, mais à y regarder de près, ladite hausse cache la poursuite de la stagnation des moyens pour la quasi-totalité des institutions et initiatives implantées sur le territoire.
En effet, l’augmentation bénéficie en fait aux seules structures nationales : nouvel établissement public Sèvres/Cité de la céramique, Palais de Tokyo, + l’augmentation de la dotation allouée à l’ACOSS, (en contrepartie de la baisse du taux de contribution des commerces d’art au régime de protection sociale des artistes auteurs, soit 3,7 M euros en 2010).
Pour le reste, c’est la stricte reconduction des crédits, laquelle est malheureusement à l’oeuvre depuis plusieurs années. Reconduction pour les crédits de la commande publique, reconduction pour les crédits déconcentrés destinés aux FRAC et aux centres d’art contemporain, reconduction pour l’achat d’oeuvres d’art par le FNAC, reconduction pour les aides aux salons et aux associations (dispositif DICREAM par exemple)…
S’agissant des crédits d’investissement destinés aux constructions de bâtiments pour les FRAC et les centres d’art situés en région, ce n’est plus la reconduction, c’est la baisse: - 3 M en AE, soit -30%…
3) Le livre et la lecture
Hors dépenses de personnel, le budget connaît une augmentation fort minime de +1,5 %.
C’est la stricte reconduction pour la DGD (dotation générale de décentralisation), inscrite au budget du ministère de l’intérieur, mais dont l’instruction des dossiers est assurée par les DRAC. Les collectivités territoriales, cette année comme la précédente, n’auront donc pas de coup de main supplémentaire pour leurs bibliothèques.
Il est à noter l’ouverture d’un crédit de 200 000 euros réservé au financement d’une expérimentation, concernant une dizaine de lieux sur le territoire, et consistant en l’extension des horaires d’ouverture des bibliothèques municipales. C’est en soi une bonne initiative, mais le ministère prévoit que l’aide sera dégressive sur une période de 3 ans. C’est bien entendu le budget des seules communes qui sera appelé à poursuivre ou généraliser cette mesure…
4) Économie des professions et des industries culturelles
Les crédits globaux qui leur sont consacrés baissent de 4 M euros, soit d’environ 10%. Pourquoi?
Une partie s’explique par la baisse de la dotation prévue pour l’HADOPI (6,7 M prévus en 2009, seulement 5,3 M en 2010). Ainsi donc le coût de cette loi est revu à la baisse?
Par ailleurs, les crédits consacrés au spectacle vivant (IRMA, fonds de soutien au théâtre privé..) et au cinéma ( c’est-à-dire ici les actions des DRAC en faveur du cinéma) sont en stricte reconduction.
En fait, ce sont les crédits destinés à l’industrie du livre qui connaissent une baisse de 3 M euros (sans que les documents budgétaires fournis ne permettent d’en identifier la répartition)
5) Soutien au cinéma
Le budget du CNC sera en hausse de +6% en 2010. Il ne s’agit pas, rappelons-le, de crédits budgétaires, mais du produit des ressources issues des taxes (prix des places, TV, vidéo et VàD). Au total 30 M euros supplémentaires viendront abonder les moyens du CNC, notamment grâce à l’augmentation de la taxe sur les éditeurs et distributeurs de services de télévision (élargissement de l’assiette de la taxe aux revenus issus des appels surtaxés et SMS liés aux programmes diffusés, périmètre étendu aux revenus des distributeurs de télévision).
IV - La transmission des savoirs et démocratisation de la culture
Il s’agit des actions concernant l’enseignement supérieur, l’éducation artistique, l’accès à la culture, l’action internationale.
Dans ce programme, on constate dans le projet de budget 2010 la poursuite du mouvement enregistré depuis plusieurs années, et auquel le changement de Ministre n’a manifestement rien changé.
D’une part, le ministère maintient, voire développe son action pour l’enseignement supérieur spécialisé, qui relève de sa compétence, ainsi que pour l’éducation artistique et culturelle - mais on sait à ce propos que l’action du ministère de la culture est surtout incitative et que la compétence première relève de l’éducation nationale, et hélas l’évolution budgétaire n’est pas du tout la même-.
D’autre part et à l’inverse c’est à nouveau le constat d’une situation catastrophique pour les crédits d’accès à la culture, dont la dégringolade se poursuit. À telle enseigne que, sur ce sujet, le ministère n’hésite pas à truquer les chiffres dans son dossier de presse: il parle d’une augmentation de « +4% pour l’éducation artistique et l’accès à la culture », alors que ce pourcentage ne vaut que pour l’éducation artistique et culturelle seule. Par contre, les crédits spécifiquement consacrés à l’accès à la culture baissent … de 10 M euros (selon le Bleu budgétaire transmis au Parlement), passant de 59,7 M euros en 2009 à 49,4 M euros en 2010.
Enfin, l’ensemble du programme 224, intitulé « Transmission des avoirs et démocratisation de la culture » est, hors fonctions de soutien, en stagnation et même en légère baisse ( de 467 M euros en CP en 2009 à 465 M en 2010). Seuls les crédits en AE sont en hausse d’environ 20 M euros en raison des dotations allouées aux écoles d’architecture (école de Strasbourg)
1) Enseignement supérieur, éducation artistique, enseignement spécialisé
Les établissements nationaux relevant du ministère voient leurs dotations reconduites, alors que les crédits des structures d’enseignement supérieur relevant des collectivités territoriales augmentent de 8% (CEFEDEM, Institut national de la Marionnette de Charleville-Mézières, etc…): ce mouvement d’accroissement de l’effort en faveur de structures concernant des collectivités territoriales est suffisamment rare dans ce budget pour qu’on le souligne…
Ainsi les subventions de fonctionnement accorées aux écoles d’art plastiques progressent de 12 M euros à 12,5 M euros, soit +5%.
De même l’augmentation de +1,6 M euros, soit +6%, des bourses accordées sur critères sociaux va dans le bon sens.
Enfin, les crédits de l’éducation artistique et culturelle progressent de +1,3 M euros.
Par contre, pour ce qui est des subventions allouées aux écoles et conservatoires de musique relevant des collectivités territoriales (crédits appelés à être décentralisés en application de la loi de 2004), c’est la stricte reconduction à un montant global de 29 M euros. Rappelons que ces subventions ont baissé notablement ces dernières années, et que le budget 2010 ne permettra donc aucun rétablissement.
2 ) Accès à la culture
Une partie de la baisse des crédits s’explique certes par la disparition de la subvention allouée à la Cité de l’Histoire et de l’Immigration (fin des travaux), soit 4,6 M euros, et le ministère ne manque pas de le souligner. Mais cela n’explique pas la baisse des 5 autres millions, dont ce dernier ne dit rien…
Voici la répartition de la baisse: - 4 M euros pour les pratiques amateurs, -1,5 M pour les publics spécifiques, -1,5 M pour les nouvelles pratiques et les nouvelles technologies, -1,5 M pour les politiques spécifiques en faveur du cinéma… Autant d’actions et d’enjeux qui sont pourtant décisifs, et que le pouvoir sacrifie délibérément chaque année, les coupes sombres se succédant aux coupes sombres.
Certes le plan banlieues de Fadela Amara reçoit des crédits en hausse: de 1 M euros en 2009 à 2 M euros en 2010. Tant mieux, mais cela ne saurait occulter le reste, qui est littéralement laissé à l’abandon.
Pour ce qui est de l’action internationale, c’est la stricte reconduction des crédits à 17,4 M euros. Dans ce domaine aussi, l’action du ministère de la culture n’est qu’incitative, l’essentiel des crédits destinés à l’action culturelle extérieure dépendant du Quai d’Orsay, et ceux-ci sont, on le sait, en chute libre depuis plusieurs années.